Embrasser la vie-2001-2

 
Titre original
Embrasser la vie
 
 
 
© Fayard

 

Titre

 

Embrasser la vie

Éditeur Le Grand Livre du Mois
Lieu d'édition Paris
Année de l'édition 2001
Année du copyright 2001 (Fayard)
Langue Français
Genre Autobiographie
 
 
 

Présentation du livre par l'éditeur

Elle a vingt ans quand elle rencontre l'homme de sa vie. Lui en a quarante-cinq. Pour elle, c'est l'éblouissement de l'amour qui commence par un coup de foudre ; pour lui, une ultime envie d'embrasser la vie. Il n'est pas libre. Elle non plus. Elle voudrait fuir ce qu'elle craint être une dépendance affective. Il la retient. Leur parcours est une sorte de guerre, une succession d'interminables persécutions juridiques. Dix ans de compromis - dont elle ne se serait jamais crue capable - acceptés pour l'homme qu'elle aime. Dix ans d'amour, de divorces des deux côtés, de chantages à travers les enfants. Dix ans de tempêtes, de livres écrits au petit matin, à l'heure où les huissiers surgissent pour dresser des constats d'adultère. Tout est bon pour les anéantir. Grâce à l'écriture et à l'amour, elle résiste. Mais, durant ces dix années de passion, de tourments, de bonheur sublimé parce qu'arraché, elle sait plus que jamais que chaque minute heureuse se paie, parfois très cher.
Christine Arnothy a choisi de parler d'elle et d'ouvrir une porte secrète : ce sont dix années de son existence qu'elle raconte dans Embrasser la vie. Aujourd'hui elle s'interroge : et si c'était à refaire ? La réponse est dans ce livre où, au gré des événements, se mêlent autant de cruauté que de tendresse, autant de dureté que d'émotion. Les situations les plus absurdes sont éclairées par un humour parfois noir, mais c'est l'amour de la vie qui l'emporte toujours.
© Fayard et Christine Arnothy

 


 

Extrait du livre

Chapitre 1

En 1954, je vivais avec Georges et notre fille Anne dans un appartement étroit situé au deuxième étage d'une étroite maison bruxelloise. Nous étions un jeune, même très jeune couple, avec une toute petite fille sage. Nous sortions tous les trois d'un livre d'images. Nous étions des "personnes déplacées", secouées par la guerre. Souvent invités, nous racontions chacun les horreurs de l'Histoire d'une manière discrète. Nous parlions plusieurs langues. Nous n'avons jamais perturbé l'atmosphère des châteaux. Je travaillais dans une librairie comme vendeuse. Georges avait un emploi provisoire dans un bureau international. Nos deux modestes salaires permettaient une existence convenable. Anne avait une place dans une crèche, ensuite elle a été inscrite dans une garderie.

Georges était un jeune homme distingué. Son père, ambassadeur, puis ministre des Affaires étrangères en Hongrie, aurait aimé faire suivre à son fils la filière classique des jeunes futurs diplomates. C'était un personnage remarquable. Après être intervenu au Parlement de Budapest contre les déportations des Juifs, il avait été arrêté le lendemain et envoyé à Auschwitz. Le régime nazi avait décidé de le faire mourir avec ceux qu'il défendait. À la fin de la guerre, il est revenu en Hongrie dans un état physique désastreux. Hélas, il est mort avant que je puisse faire sa connaissance.

Son fils Georges avait des manières. Pour plaire aux personnes agréables et généreuses qui nous accueillaient, j'ajoutais tout ce que je pouvais comme qualités à la liste de ses vertus. Lorsque je l'ai quitté, ma mise en scène conjugale - que je ne manquais pas de peaufiner chaque fois que l'occasion s'en présentait - s'est retournée contre moi. " Vous abandonnez un jeune homme aussi parfait ? "

À Bruxelles, nous étions les protégés d'un sénateur - écrivain, poète, humaniste - et de sa femme. Les deux oiseaux mazoutés arrivés de Paris et leur fille, née à Bruxelles, étaient devenus en quelque sorte leurs enfants adoptifs. En dehors du sénateur R., de sa femme et de leurs enfants, nous étions entourés de gens sympathiques, soucieux de notre destin. Un avocat bénévole intervenait lorsqu'il s'agissait d'obtenir la prolongation de nos permis de séjour. Nous avons été qualifiés d'abord de personnes déplacées, ensuite d'apatrides. Je me sentais en transit. Je n'imaginais pas toute une vie avec Georges. Je voulais parcourir le monde, écrire des romans, des reportages, essayer de transmettre à l'Occident des images de l'Europe centrale. Les sujets se bousculaient en moi. Je cherchais une sortie à notre existence où seule l'écriture était mon oxygène.

Pendant le siège de Budapest, dans la cave de l'immeuble où nous habitions, l'écriture m'avait aidée à espérer une autre vie, ailleurs. Mes cahiers relatant le journal du siège ne me quittaient pas. Je ne m'en séparais jamais. L'un des directeurs de la radio belge s'intéressa à ce journal. Je lui avais montré quelques feuilles de mes manuscrits et, quand il m'invitait à prendre un café à la cafétéria de la radio, il évoquait les sujets qui me passionnaient. Connaissant ainsi mon intérêt pour la politique, il m'a offert la possibilité d'interviewer un homme d'État belge de réputation internationale. Au cours de cette rencontre, j'ai réussi à enregistrer une déclaration sur les pays de l'Est, les réfugiés et l'Europe en général. Ce grand personnage était patient et moi, munie d'un magnétophone à bout de souffle, j'ai pu lui faire dire certaines vérités sur la situation des pays situés au-delà du rideau de fer.

Un jour, l'ami de la radio est venu nous rendre visite en fin d'après-midi. Il m'apportait une page du Soir où il avait lu une annonce publiée par un journal français, Le Parisien libéré. Ce quotidien fondé à la Libération avait créé le "Grand Prix Vérité", destiné à couronner un témoignage en rapport avec les événements historiques que l'Europe avait traversés. Le document devait présenter aussi des qualités littéraires. " Votre histoire du siège de Budapest, dit l'ami belge, pourrait les intéresser. Vous avez ici l'adresse où envoyer le texte. À votre place, je le ferais. "

Le lendemain même, j'ai acheté une machine à écrire d'occasion, une Remington. Il fallait pousser le chariot après chaque ligne, et il se bloquait souvent aux deux tiers du trajet. Le travail commencé sur les cahiers d'écolier dans la cave de Budapest résistait au temps. Je n'aurais pas pu y changer un mot. Ce texte, dans sa simplicité, était un témoignage irréfutable sur la tragédie de cette ville où s'étaient affrontées deux armées, les Allemands et les Russes. Je tapais ces lignes avec un soin extrême, j'ajoutais les accents circonflexes à la main. De temps à autre, l'ami demandait des nouvelles du manuscrit. Il me rappelait la date limite de l'envoi. La discrète dissuasion de Georges ne me décourageait pas. Il répétait chaque soir, en rentrant du travail, que je m'épuisais pour rien : " Tout est décidé à l'avance. Ce Grand Prix Vérité est certainement décerné déjà - en principe - à quelqu'un. Le concours n'est qu'une mise en scène pour faire croire aux débutants qu'ils ont encore une chance. Tu te fatigues pour rien. À Paris, tout est combine. - Pas toujours, disais-je. Pas toujours. "

J'ai mis le manuscrit à la poste. Selon les exigences du règlement, j'ai joint ma biographie qui tenait en quelques lignes. Cinq jours plus tard une courte réponse est arrivée : " Mademoiselle, nous avons bien reçu votre manuscrit. Le règlement exige deux exemplaires du récit à soumettre au jury. Veuillez nous faire parvenir une copie. " Les catastrophes déclenchent en moi un sang-froid, sans doute héréditaire, qui me permet de garder la tête hors de l'eau. Je n'ai rien dit à Georges, craignant ses plaisanteries. La mâchoire serrée j'ai dactylographié une deuxième fois le texte. Dorénavant, j'achetais des feuilles de papier carbone par dizaines. Il en resterait, pour l'avenir, quelques-unes dans une boîte plate, jaune. Elles coûtaient cher.

J'ai reçu une deuxième lettre. Mon manuscrit avait été soumis aux membres du jury de ce Grand Prix Vérité, présidé alors par Georges Duhamel, de l'Académie française. Le prix serait décerné le 17 décembre 1954 et je serais - si jamais j'avais la chance de le gagner - prévenue à temps pour venir le recevoir à Paris.

Que faire, lors d'une attente de ce genre ? Que faire dans cette tristesse joyeuse qu'était ma vie quotidienne ? Un jour, je vivais dans l'espoir, un autre dans une feinte indifférence.

Attendre. Attendre une lettre, un appel. Dans la librairie où je travaillais, je vendais aussi des disques quarante-cinq tours, principalement la Petite musique de nuit de Mozart, très à la mode. Vendre les livres des autres, quand on porte en soi les siens, qui ne seront peut-être jamais édités, donne l'impression d'être une femme stérile errant dans une nursery.

J'étais de plus en plus taciturne. Georges croyait me distraire avec des réflexions tristes : "Que d'écrivains ou de peintres ne deviennent célèbres qu'après leur mort !" Je répliquais que je ne voulais pas être célèbre, mais lue. Ne pas écrire dans le vide. Il haussait les épaules.

Le début de décembre en cette année 1954 était glacial à Bruxelles. Il faisait froid dans l'appartement de l'étroite maison. Le sénateur R. et sa femme ne cessaient de m'encourager. " Même si vous n'avez pas ce prix, vous réussirez. Vous avez tant de volonté. "

 

Chapitre 2

Le Grand Prix Vérité allait donc être décerné le 17 décembre 1954. À quel moment me préviendrait-on, si par miracle je l'obtenais ?

Pour tuer le temps et me tuer aussi, je me levais de plus en plus tôt et je travaillais. J'écrivais un roman qui ne serait peut-être jamais édité. Je me préparais déjà à surmonter l'échec. La douche à peine tiède de ces petits matins me rendait alerte. Je me servais un café et je m'installais devant ma table dont un pied était calé par une feuille pliée en quatre. Le bas du corps emballé dans une vieille couverture, j'écrivais. Il était étrange de reconstituer à Bruxelles l'atmosphère étouffante de la Hongrie occupée par l'armée russe et de décrire Budapest émergeant de ses ruines.

L'heure venue, si c'était mon tour, j'emmenais ma fille à la crèche. Le pavé était luisant, la pluie épaisse, souvent transformée en flocons blancs qui ne résistaient guère au contact du sol. (…)


 

Extraits de presse

Le Parisien, 10 mars 2001 " Embrasser la vie est le plus beau livre de Christine Arnothy. C'est le roman vrai d'une romancière qui, depuis toujours, n'a cessé d'écrire, de noircir des pages, tôt le matin, pour faire vivre des personnages surgis du fond d'elle-même. Pourquoi a-t-elle attendu si longtemps pour raconter cette histoire-là, la sienne, quand tant de personnes pensent que leur vie ferait un sacré livre ? Sans doute parce que l'imagination est son véritable talent et que rien - sinon cette photo retrouvée, celle de la couverture - ne devait l'amener à se lancer dans ce récit bouleversant. Heureusement qu'elle l'a fait. "

La Tribune de Genève, 17 mars 2001, Pascal Schouwey Embrasser la vie est l'histoire d'une passion, semée d'embûches. C'est aussi une photographie de la France des années 50 et 60. "

Le Matin, 1er avril 2001, Aimé Corbaz " Christine Arnothy : passion de la vie, de l'écriture, de Claude Bellanger… L'auteur, Genevoise d'adoption, démontre avec brio que sa vie est vraiment un roman."

Le Nouvel Observateur, 4 avril 2001 " Avec Embrasser la vie, elle <Christine Arnothy> renoue avec l'autobiographie, jetant un regard lucide sur une période controversée de sa vie. Courageux, ce livre porte un jugement tranché sur une époque troublée, où la détermination de cette femme, en marge de son temps, force l'admiration. Il est rare qu'un livre intime palpite d'un amour absolu si vivace, devant lequel toutes ses défenses, même les plus tenaces, finissent par fondre. "

Libération, 5 avril 2001 " Où l'auteur de J'ai quinze ans et je ne veux pas mourir raconte la genèse de son best-seller, et ce qui s'ensuit, lorsque, dotée du Grand Prix Vérité attribué fin 1954 par Le Parisien libéré, la jeune femme tombe amoureuse du patron du journal, Claude Bellanger. Un témoignage sur la presse d'alors, sur la société corsetée, et surtout, sur la fuite de Hongrie en 1948. "

Le Figaro littéraire, 12 avril 2001 " Embrasser la vie éclaire d'une lumière crue, parfois violente, le destin d'une femme passionnée, tumultueux, où l'amour - avec l'écriture - aura eu la plus grande place. (…) Christine Arnothy n'est pas un écrivain pour les petits cénacles. Son style - un énergique franc-parler - et son imagination volcanique, toujours nourrie à l'actualité, son éclat, sa dureté, ses emportements se retrouvent dans cette confession, récit émouvant et complexe. (…) Elle sait faire la part du hasard, de Dieu ou de la chance, elle sait aussi ce qu'elle se doit à elle-même : son courage de lionne, sa ténacité dans les épreuves, et sa volonté vrillée au corps, elle a tenu bon dans les tempêtes où elle aurait pu naufrager, comme elle le dit souvent, et qui risquaient surtout de la détourner de sa vocation - le cœur battant de son existence -, écrire, écrire encore et toujours. "

Le Monde, 13 avril 2001 " Embrasser la vie est l'histoire d'une femme qui - il y a à peine cinquante ans - ouvrit une brèche dans l'aliénation féminine. (…) Ce beau témoignage est un document exceptionnel sur les bouleversements géographiques et politiques de l'Europe après la deuxième guerre mondiale mais, avant tout, à travers la vie d'une femme singulière, européenne avant la lettre, une étude de l'évolution des mœurs et de la morale. "

Le Point, 19 avril 2001, Jacques-Pierre Amette " Une jeune fille étincelante, sortie de la misère hongroise en 1948, réfugiée à Bruxelles, folle d'écriture, envoie le récit de son enfance au jury du Grand Prix Vérité que parraine Le Parisien Libéré. Le conte de Perrault commence avec un directeur de journal sobre, presque austère, Claude Bellanger, qui subit le charme de la lauréate. Mais il ne suffit pas d'être un grand résistant et un homme public pour emmener une princesse dans son château. Christine Arnothy sait alors recomposer une France du président Auriol gaie comme un réfectoire, encore sous le voile moraleux hérité du pétainisme. La jolie jeune fille va en baver dans cette France bigote. On a oublié cette époque des tractions avant, de couples réveillés à l'heure du laitier pour le constat d'adultère, ces concierges aux allures de sœurs tourières. C'était compter sans la santé de l'indomptable Christine, sa jeunesse, son plaisir à vivre, à écrire, son énergie à bousculer toute une France "moisie", comme dirait Sollers. On ferme ce livre plein de rêverie. Une aisance, des rebonds et des réflexions fortes. Christine Arnothy, tout à trac, nous brandit une autre époque qui - c'est étrange - fait penser au François Truffaut des "400 coups"… "

L'Écho des Vosges et L'Abeille, 4 mai 2001, Marcel Cordier " Il y a des auteurs à succès dont il faut se méfier. Ce n'est pas le cas de Christine Arnothy, dont le récit autobiographique Embrasser la vie se dévore comme un incroyable roman d'amour (…). L'auteur qui a su "faire face, se taire, vaincre et se vaincre" nous offre une belle histoire vraie, prenante et poignante, qui n'a rien d'un conte de fée. Cette épopée (…) tient le lecteur en haleine jusqu'au bout. Il n'oubliera pas de sitôt cette tranche de vie exceptionnelle et courageuse, ce destin de femme pris par le bras. "

L'Écho de Chartres, 10 mai 2001 " Christine Arnothy ne perd jamais une occasion de distraire le cours dramatique de cette longue tranche de vie d'une note d'humour (souvent noir). Le ton du récit n'en révèle qu'un peu plus l'extraordinaire personnalité de l'auteur, faite d'impertinence et de caractère. Un livre fort et vrai. "

Nice-matin, 20 mai 2001 " On traverse ce livre avec des décharges d'adrénaline, tant le récit tendu est porté par une écriture rapide, vive, nerveuse (…). On croit traverser un cauchemar de mensonges, d'hypocrisies sociales, de haines sordides et d'affligeantes jalousies. ''Plus on nous massacrait, plus nous étions sûrs de nos sentiments."  Le bonheur se mérite. "

La Revue des deux mondes, mai 2001, Pierre Carnavaggio " Le témoignage de Christine Arnothy touche au plus profond par sa simplicité, tant il reste discret et digne. Dans ces temps déboutonnés, ce n'est pas si fréquent. "

Marie France, mai 2001 " On a beaucoup jasé sur Christine Arnothy. C'était une autre époque. Cruelle et persifleuse. Celle où l'adultère affiché relevait du crime social (…). On est bluffé par cette femme amoureuse, piétinée, qui trouve toujours le moyen de se relever. "

Paris-Match Suisse, 18 mai 2001, Odile Habel " (…) ce livre est aussi un témoignage sur ces années archaïques de la France. Celle-ci était dirigée par le Code Napoléon de 1802, où l'on retrouve toute la haine de Napoléon pour les femmes. "

Magazine littéraire, juin 2001 " Christine Arnothy porte sur sa patrie d'élection, c'est-à-dire sa langue d'écrivain, un regard venu d'Europe centrale (…) aiguisé par le malheur, les souvenirs où se mêlent souffrances, épisodes grotesques, moments d'espoir, rêves de bonheur. L'humour souligne l'opposition quotidienne entre les principes fondateurs de la République et leur application par les enfants de Courteline et de Jarry, comme entre les convenances et les mots. Au-delà de cette vie si riche, de cette vocation, ce livre tout aussi politiquement incorrect que le premier est un autre témoignage sur son temps qu'il ressuscite aussi, dès sa photo de couverture, à la manière des films ou des actualités en noir et blanc des années cinquante. "

L'Express, 7 juillet 2001, DBO " (…) un cliché sidérant d'une décennie proche dans le temps, mais que ses us et coutumes relèguent, réellement, dans un autre siècle. "


© Christine Arnothy

 

 

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